Pearl Jam – Gigaton

Note : 4 sur 5.

Too big to fail, voilà en somme résumée en une phrase le sentiment qui dominait chez beaucoup de fans à chaque nouvel opus des cinq de Seattle. On n’en finissait pas de répandre ses déceptions sur un groupe qu’on a un temps porté au pinacle. On les a soupçonné de quasiment tout et surtout de paresse, de s’être vendus une fois de plus, et que peu importe le contenu le succès serait garanti par la marque Pearl Jam.

On attend souvent trop après ces groupes auquel on finit par nier la nature de groupe pour les appeler institutions, légendes etc etc… Pearl Jam reste donc avant tout un groupe, authentique, et constitué de musiciens inchangés depuis plus de vingt ans. Des gens qui fonctionnent à l’envie, leur histoire démontre qu’ils n’ont jamais vraiment été motivés ni par l’argent ni par la renommée bien qu’ils aient finalement obtenu largement et l’un et l’autre.

Eddie Vedder & Consorts ont gardé le cap sans partir dans des expérimentations foireuses et c’est parfois ce qui leur a été reproché. Ils ont sortis des albums de qualité variable en fonction de l’inspiration du moment mais dans le fond de bons albums, et c’est parfois ce qui leur a été reproché, de ne pas avoir su redonner aux fans le premier frisson. 

Alors quelle autre raison chercher si ce n’est l’envie tout simplement pour fabriquer ce Gigaton (2020 – Monkeywrench Records) pour ces garçons qui n’ont plus rien à prouver ? D’autant que les cinq ont encore de belles choses à montrer si tant est qu’on ne leur demande pas sans cesse de reproduire l’effervescence de leur trois pièces majeures, Ten (1991 – Sony Music), Vs (1993 – idem) et Vitalogy (1994 – idem). En oubliant bien vite les titres marquants des dernières années. 

Ici c’est « Superblood Wolfman » qui pourrait bien connaître ce destin. Ce single percutant a toutes les qualités pour égaler les meilleures chansons de leur conséquente discographie, un riff solide, un solo inspiré, une batterie nerveuse et un Vedder impérial. Et les morceaux de cette qualité sont légions, « Who Ever Said » qui ouvre le programme ne peut pas décevoir avec une telle intensité, « Quick Escape » nous captive par sa ligne de basse et « Never Destination » marque l’esprit par son solo épique. Enfin parlons de « Take The Long Way » qui fait l’unanimité dans les articles consacrés à l’album. Une chanson composée par Matt Cameron et qui apporte un petit souffle « soundgardenien » par sa complexité accessible, par l’usage des mesures impaires et d’une ligne de chant rappelant les intonations de Chris Cornell. 

Cameron a été ce cas unique de batteur menant une double vie au sein de deux groupes majeurs et en simultané. Un type à l’esprit donc bien organisé en somme mais qui laisse entrevoir au travers de son travail qu’il était plus un musicien de Soundgarden que de Pearl Jam. Quoi qu’il en soit l’hommage est à la hauteur.

Attardons nous également sur ce single intrigant, « Dance Of The Clairvoyants ». Clairement une surprise que d’entendre un titre dansant et de surcroît recevant les honneurs du single ! Pari réussi, les fans tiennent le choc.

Et comme un disque de Pearl Jam n’est jamais un monolithe, les chansons atmosphériques ne se contentent pas d’être des faire-valoir pour leurs collègues énervées. A ce petit jeu « Alright » et « Come Then Goes » sortent du lot. Pour l’une une cajolerie à l’orchestration délicate et remarquablement chantée. Pour l’autre un titre acoustique où l’on se sent bien, tout simplement.

Aux manettes fini Brendan O’Brian, le fauteuil a été confié cette fois-ci à Josh Evans, bien connu du groupe puisqu’il travaillait déjà avec eux depuis 2008 comme technicien. D’autre part il avait déjà produit le dernier Soundgarden, également un album solo de Jeff Ament et quelques jobs pour Mike McCready. Autant dire un vieux copain qui a parfaitement compris où ils voulaient en venir.

Le disque sonne classic rock avec un regain de nervosité appréciable. Mention spéciale pour le travail sur la batterie qui sonne très naturelle et ouverte évitant les écueils de l’excès de compression et de la tentation d’éliminer toutes les harmoniques.

Disons le nous avons beaucoup aimé ce disque qui tourne souvent à la rédaction. Oui la fin traîne un peu en longueur mais le boulot de composition force le respect. Tout est fignolé, et bien que le visuel nous donne à voir un glacier en voie d’effondrement, Pearl Jam se montre en pleine forme, merci pour eux mais ça a l’air d’aller.

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