AC/DC – POWER UP

Note : 4 sur 5.

Chers amis célébrons le retour en grâce d’AC/DC ! Le colosse qui avait semblé inébranlable depuis tant d’années a bien failli s’effondrer et l’on craignait de plus en plus une disparition par la petite porte pour un groupe majeur du rock.

Depuis 2014  le ciel a eu le temps de s’abattre plusieurs fois sur la tête d’Angus Young. Cela a commencé par la maladie et le déclin inexorable de son frère Malcolm Young. Fidèle à son habitude le groupe ne laisse pas filtrer grand chose et ce n’est qu’au moment où l’on apprit que le neveu Stevie Young  devrait remplacer son oncle pour l’enregistrement de Rock Or Bust (2014 Albert Productions) que l’on a compris que ça finirait mal.

D’autant que le disque, pas si mauvais pourtant ne faisait pas de prouesses. Rock Or Bust avait néanmoins eu le mérite de garder la barque à flot à un moment où les pensées étaient davantage dirigées vers la santé de Malcolm Young et dans une moindre mesure vers les déboires judiciaires de Phil Rudd.

La tournée qui avait suivi en 2015 n’avait fait qu’incarner à merveille la loi de Murphy dite de l’emmerdement maximum. Ce fut d’abord le batteur qui a déclaré forfait pour cause de détention à domicile, la justice est passée. On a cru le groupe sauvé par Chris Slade, l’homme au deux grosses caisses sur les côtés – pas rancunier – avait accepté le job et la tournée avait pu partir.

Puis Brian Johnson a commencé à souffrir de surdité au point de devoir jeter l’éponge. La grande machine se trouvait encore stoppée net. Loi des séries, c’en était trop pour Cliff Williams qui en a profité pour annoncer son départ en retraite une fois la tournée bouclée, lui qui avait certainement un des jobs les plus cools du monde de la musique : se pointer dans des stades tous les soirs pour jouer pendant deux heures des croches en aller-simple au mediator et gagner des centaines de milliers de dollars pour ça.

Dans ce contexte l’arrivée d’Axl Rose ressemblait fort à un remplacement en forme d’all-star band histoire d’expédier les affaires courantes avant de baisser le rideau. Mais après ?

Après plus rien, nous apprîmes les disparitions coup sur coup de George Young, le grand frère qui les a produit jusqu’au milieu des années 80 et sur Stiff Upper Lip (2000 Elektra) puis de Malcolm Young faisant planer un réel doute sur la survie d’AC/DC. 

Or si la résilience du groupe était un disque de rock alors le voici. Angus Young seul aux commandes explique POWER UP (2020 Columbia) comme l’album par et pour Malcolm, ce que l’histoire aurait du être si la maladie ne s’en était pas mêlée.

Mais d’où leur vient ce goût pour la permanence qui a animé les frères Young depuis leurs débuts ? Car POWER UP rassure d’emblée, « Realize » remet les pendules à l’heure. La machine tourne comme un seul homme, y compris Stevie Young qui martèle la guitare rythmique aussi nerveusement que feu son oncle. Que ce soit dit : on ne les distingue pas.

La bonne nouvelle dans tout ça c’est le retour de la dream team. Cliff Williams n’aura finalement pas eu de remplaçant à la basse, et si au chant un petit doute a émergé après le succès des concerts avec Axl Rose personne n’aurait finalement imaginé sérieusement un disque sans Brian Johnson. En revanche à la batterie Chris Slade, très populaire auprès des fans, a du avoir le sentiment terrible de revivre ce qu’il a subi comme une injustice après The Razors Edge, à savoir sauver la baraque avant d’être laissé tranquillement sur le bord de la route pendant que Phil Rudd se réinstallait derrière les fûts. 

Il faut s’y faire, la cuisine interne chez AC/DC restera toujours mystérieuse et parfois cruelle.

Musicalement ce POWER UP est souvent salué comme ce que ces australiens + un anglais ont fait de mieux depuis Stiff Upper Lip, ce qui apparaît un peu exagéré. Mais arrive aujourd’hui un disque bluesy, solide, truffé de riffs simples et directs. Une musique honnête comme l’a toujours voulue Malcolm Young. 

Combien de chansons ont-ils en réserve ? Depuis Black Ice (2008 Columbia) déjà deux albums réassemblés à partir des archives du grand frère. Mais alors que Rock Or Bust réunissait plus ou moins ce qui n’avait pas été terminé à l’époque de son prédécésseur dixit Brian Johnson, POWER UP est le résultat d’un travail beaucoup plus large mené de surcroît avec un état d’esprit résolument différent.

Pour autant, n’allez pas chercher d’évolution, faut pas pousser. Tel Antonio Vivaldi ayant composé 600 fois le même concerto (selon Stravinski un brin cynique) AC/DC aura composé jusqu’à présent 17 fois le même album. C’est clair, assumé et c’est même une forme de finalité.

Distinguons néanmoins de l’ensemble deux ou trois locomotives, nous avons déjà mentionné « Realize », parlons d’abord de « Demon Fire » qui nous a vraiment emballé malgré sa resemblance avec « Safe In New York City » (sur Stiff Upper Lip) ou « Caught With Your Pants Down » (sur Ballbreaker). Un rock’n’roll mené tambour battant, prometteur pour les futurs lives et qui démontre que l’énergie est encore là.

Et comme il n’y a pas que les morceaux vifs pour notre bonheur citons « No Man’s Land » plein de lourdeur sans une utilisation effrénée de la basse. Intéressant rien que pour le petit tour de passe-passe.

A la console, garantissant la continuité Brendan O’Brien. Le canadien reste une des quatre personnes à avoir compris comment AC/DC doit sonner avec Henri Vanda, George Young et Rick Rubin : de la dynamique, peu voire pas d’artifice, pas de clic. Un son naturel et bien équilibré. Point.

Les 12 titres déroulent, AC/DC repart pour un succès avec un disque forgé dans la peine mais dont Angus et consorts ont réussi des chansons fédératrices et galvanisantes. L’absent Malcolm Young reste bel et bien là, pourvu que ses tiroirs débordent encore de musique.

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