Olivier Rocabois Goes Too Far

Note : 5 sur 5.

Aller trop loin doit-il nécessairement être considéré comme un vilain défaut ? On en douterait à l’écoute de ce premier album du chanteur breton, parisien d’adoption. Et si la pop baroque se trouvait être la plus belle des musiques au monde ? Une musique qui sait se frayer un chemin partout, à la fois simple ritournelle qu’on fredonne distraitement et vaste construction pour mélomanes exigeants, choisis ton camp camarade ?

Et par où commencer pour dire à quel point l’écoute de ce joyau nous a laissé sans voix, l’esprit totalement accaparé ? Olivier Rocabois Goes Too Far (2021 – Acoustic Kitty) met le cerveau en ébullition, les multiples et impeccables références du bonhomme surgissant de chaque recoin, invoquant la sainte trinité pop des Beatles, des Beach Boys et de David Bowie, rien que ça. Icing on the cake, Rocabois, admirateur fervent des musiciens britanniques des années 60 et 70 a du réaliser une forme de rêve en obtenant la participation de l’élégant John Howard pour un duo poignant sur « Tonight I Need ». 

Mais qui est donc ce guy next door sorti de nulle part pour nous faire exploser au visage un disque aussi imparable, aussi maîtrisé, fantasque et pourtant si famillier ? Olivier Rocabois, d’une modestie désarmante au fil des interviews aime à se présenter de façon espiègle comme la voix de Paul McCartney dans le corps de Philippe Katerine. Et sans vouloir être désobligeant pour aucun des trois, il y a un peu de vrai là dedans. 

Le ciel nous avait envoyé un signe il y a presque deux ans avec le single Ship Of Women/Somewhere In A Nightmare (2019 – Apreski). Auparavant Rocabois officiait en tant qu’éminence grise d’All If, un groupe parisien au nom qui faisait un peu pseudonyme quand même et qui avait sorti en 2017 un unique album, Absolute Poetry (Pschent Music/AlterK). Et oui, c’était déjà une réussite. 

Dans les neuf titres qui nous intéressent aujourd’hui, de l’admiration. De l’admiration devant la pertinence des arrangements, il y a paraît-il plus de 100 pistes sur « My Wounds Started Healing » au point que la troupe l’avait surnommé « le péplum ». Et pourtant on n’entend que de la finesse durant les presque 7 minutes de ce morceau gargantuesque en quatre parties. De l’admiration devant les mots, à la fois intimes et comiques à l’image d’ « I’d Like To Make My Exit With Panache », véritable précis de coquetterie funèbre. De l’admiration devant Jan Stümke, qui a délaissé son costume de Jan Dark (dont il faut écouter l’oeuvre) et mis au service de la cause tout ses talents de pianiste, de choriste, d’arrangeur et on le sent bien également dans les interview de Rocabois, de soutien moral et de capitaine de route. 

Remarquablement produit par Olivier Bostvironnois qui a su maintenir l’ordre au milieu d’une orchestration foisonnante de guitares, de voix, de cordes, de cuivres, de percussions classiques, de bruitages et parfois tout cela en même temps, Olivier Rocabois Goes Too Far est l’album d’un passionné qui peut décider de consacrer une journée à aller enregistrer quelques notes de cloches tubulaires. Un souci d’authenticité qui ressort de chaque note, de chaque mot. 

Sur sa pochette Rocabois affiche une mine à la fois stupéfaite et béate, comme s’il ne réalisait pas vraiment le coup de maître qu’il vient de commettre. Et l’on pourrait encore digresser à l’envi sur les choeurs magnifiques de « Let Me Laugh Like A Drink Witch » que Brian Wilson aurait pu revendiquer ou sur l’hommage à Ringo Starr dans « Arise Sir Richard » où le batteur Guillaume Glain retourne malicieusement son rythme comme pour nous rappeler que Ringo était un gaucher qui jouait en droitier. Olivier Rocabois Goes Too Far regorge de ce genre de détails et références. Une dernière anecdote pour le plaisir, Olivier Popincourt (oui, ils s’appellent tous Olivier) qui devait certainement passer par là et dont nous avions chroniqué l’excellent dernier album est venu poser le solo de guitare sur « Hometown Boys » qui – ça tombe bien – se trouve être une ode aux copains présents et passés.

Au final voici un disque dont on sait dès la première écoute qu’il nous réserve des surprises pour les 100 prochaines, essayez donc de compter combien d’albums vous ont donné ce sentiment. 

Et appuyez sur play encore et encore.

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