Porcupine Tree – CLOSURE / CONTINUATION

Note : 4.5 sur 5.

A partir de 10 ans d’attente on avait arrêté de compter. On cherchait de vaines satisfactions dans les travaux solos de Steven Wilson et on trouvait un palliatif un peu moins étincelant avec The Pineapple Thief qui avait accueilli dans ses rangs Gavin Harrison. 

C’est dire si ce nouvel album nous a jeté dans un état d’excitation maximale ! Porcupine Tree renaît de ses cendres ! Retour durable ou feu de paille ? 

Quoi qu’il en soit ne boudons pas notre plaisir, nous aurons bien le temps de voir si le groupe se réinstalle ou pas et profitons.

Mais tout d’abord plongeons avec délice dans la mêlée du commérage.

On lit beaucoup de choses sur l’absence de Colin Edwin, pas convié à la moindre séance d’écriture ou d’enregistrement. Wilson expliquant cela par une sorte d’engouement personnel pour la basse l’ayant amené à composer à cet instrument lors de jams secrètes avec Gavin Harrison… Mouais. Bien sûr qu’il nous balade avec cette explication bien pratique et qui évacue le cas Barbieri et ses claviers. Pour autant la vérité n’est peut être pas si lointaine. Je vous fiche mon billet que c’est une bête et très terre-à-terre question de distance, d’agenda et de moyens. Trois bonhommes habitent au Royaume-Uni et un quatrième en Australie. Wilson avoue lui-même sans trop d’embarras que le contact s’était relâché jusqu’à ce que les deux se perdent de vue. Cela arrive dans toutes les relations d’amitié, déménagez et voyez combien d’amis il vous reste dix ans après.

De plus, ce travail à distance, pourtant très mis en avant comme une alternative par beaucoup d’artistes depuis la pandémie, ne correspond peut être pas à l’état d’esprit des uns et des autres chez Porcupine Tree voilà tout. D’autant plus si effectivement la composition sur Closure / Continuation (2022 Sony Music) s’est faite à partir de jams.

Il y a aussi la question du coût, certes le groupe bien gagné sa vie mais on n’est pas non plus sur une richissime multinationale de la musique. Il n’était pas forcément possible de prendre en charge de multiples aller-retours entre l’Australie et le Royaume Uni. Et quid de la disponibilité personnelle de Colin Edwin qui loin de rester oisif en attendant ses camarades anglais enchaîne lui aussi oeuvres solos et supers albums avec O.R.k.? 

Pour finir sur ce point Edwin n’était peut être même pas au courant de l’écriture de Closure / Continuation. Puisqu’il a fallu que quelqu’un de forcément bien intentionné lui pose la question, le bassiste a répondu benoîtement que son groupe et celui d’Harrison avaient tournée ensemble il y a quelques années et que le batteur n’avait soufflé mot du projet. Peut être pas le bon moment, un manque de courage ou tout simplement à ce moment-là Harrison ne considérait pas que ses jams avec Wilson constituaient les bases d’un prochain album de Porcupine Tree… Qui sait ? Après tout le groupe était en suspens depuis si longtemps sans aucun indice de réactivation…

Quiconque a un temps soit peu vécu la vie d’un groupe qui écrit sa musique et publie des disques peut comprendre que le relationnel est souvent mystérieux et incohérent entre les membres tantôt amis, collègues, rivaux, frères d’armes et l’on en passe…

Alors oui c’est dommage, bien sûr que l’on aurait préféré que le bassiste reste dans la partie, c’est la vie, on fait comme on peut, il n’y a pas forcément de gentil ou de méchant, c’est comme ça.

Pardon de m’être attardé aussi longtemps sur le sujet, il ne faudrait pas que cette pseudo controverse prenne le pas sur l’essentiel, l’album.

Et comment être déçu ? Dès les premières mesures d’ »Harridan » nous voilà renvoyés à des émotions d’il y a presque vingt ans, lorsque Wilson and co régnaient sur le rock progressif à coups d’In Absentia (2002 Snapper Music) et autres Fear Of A Blanket Planet (2007 Porcupine Tree)

Et soulagement, la certitude d’emblée que nous n’aurons pas affaire à un album solo déguisé en retour de Porcupine Tree. Ou qu’en tout cas, s’il est admis que c’est le même qui écrit à peu près tout il est parvenu à bien distinguer sa production estampillée Wilson de son travail dit « de groupe ». La faute vraisemblablement à Gavin Harrison qui, tout en suivant Wilson comme son ombre dans tous ses méandres mélodiques, dans toutes ses nuances les plus inattendues, apporte par sa virtuosité souffle, énergie, équilibre qui manquent parfois aux disques solos du leader. Que The Pineapple Thief ou Steven Wilson lui-même pour son travail solo n’en prennent pas ombrage, mais l’on ne retrouve ces sensations que lorsque ces deux-là jouent ensemble.

Evidemment, à l’image de ce démarrage pied au plancher, les moments de bravoure jalonnent l’album, à ce titre il y a dans « Rats Return » ou « Population Three » par exemple de quoi nous scotcher sur nos sièges. Mais, tout comme nos aînés (et nous autres par extension) qui ont aimé King Crimson, Genesis, Emerson Lake & Palmer entre autres, nous aimons dans le rock progressif cette capacité qu’on les musiciens de nous émouvoir, pas uniquement de nous époustoufler. Porcupine Tree perpétue cette tradition avec de grands moments mélodiques empreints de poésie, où Steven Wilson prend le temps de jouer avec sa voix (« Herd Culling » ou « Walk The Plank ») ou avec les signatures rythmiques (un peu partout).

La production confiée à l’expérimenté Paul Stacey (Steven Wilson, Oasis, The Black Crowes) mise sur la clarté et la définition ce qui sert évidemment le style. Du son très naturel et une belle latéralisation dont on profite à fond en se focalisant sur la batterie ou les claviers notamment. 

Pour conclure, nous dirons que Porcupine Tree a parfaitement réussi son retour en signant un disque à la hauteur de son talent et de sa réputation. Closure / Continuation est unanimement salué à juste titre aussi bien par les fans que par la presse, et nous rejoignons la cohorte nombreuse de ceux qui souhaitent que ce nouveau disque ne soit pas qu’un simple tour de piste mais un retour perenne. La balle est dans le camp de Steven Wilson.

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