Muse – Will Of The People

Warner Music

Note : 4.5 sur 5.

La simple annonce d’un nouvel album de Muse possède le pouvoir d’agiter les fans de rock du monde entier. Car oui, au fil des années, enchaînant les albums à succès et les tournées à gros budget, le trio anglais s’est hissé à la hauteur des plus célèbres. Les petits gars du Devon parlent désormais d’égal à égal avec U2, AC/DC, Aerosmith et une poignée d’autres millionnaires du rock qui vendent des tickets par charrettes de 80.000 (en gros la jauge de notre formidable Stade de France).

Conséquence : tout le monde l’a écouté ce Will Of The People

Et comme pour chaque nouvelle production d’une grosse machine telle que le Muse des quinze dernières années, les lanceurs de couteaux sont de sortie. Profitons-en pour dresser une courte liste d’artistes énormes se faisant systématiquement étriller dès qu’ils bougent un orteil : Coldplay, U2, Red Hot Chili Peppers, Green Day, Weezer entre autres. Et que n’avons nous déjà pas lu de désagréable – même si parfois bien écrit – sur la déchéance, l’exubérance, l’outrance, la pauvreté des dix nouvelles chansons. Bref, bien peu semblent avoir discerné quoi que ce soit de bon dans cette nouvelle livraison.

Nos superhéros du rock anglais sont donc de retour avec un album modestement présenté par Matthew Bellamy comme une compilation de ce qu’ils font de mieux. Enthousiasme ou mégalomanie, avec ce garçon on n’a jamais vraiment réussi à trancher.  Quoi qu’il en soit, assembler une sorte de best of avec des chansons originales est un projet ambitieux. Sauf que ce n’est pas du tout le genre de prise de risque qui galvanise le fan qui aura vite fait de croire que Bellamy and co vont gentiment vivre sur leurs acquis. 

Pourtant, donner une direction artistique à une oeuvre permettrait au public d’éviter l’immersion dans l’eau bouillante. De fait, on ne retient d’une première écoute que ce qui hérisse. Par conséquent, avec ce Will Of The People qui semble dire « vous allez tous m’aimer », on va en fait tous à un moment forcément se prendre un coup de pelle sur la nuque. Pourquoi ? Parce que depuis Black Holes And Revelations (2006 A&E Records) Muse pratique le grand écart des genres à un niveau Olympique. A l’époque « Supermassive Black Hole » suivait directement « Starlight », aujourd’hui « Kill Or Be Killed », un des titres les plus metal jamais enregistré par le groupe suit immédiatement « You Make Me Feel Like It’s Halloween » qui fait figure de divertissement très très second degré.

Peut être le trio s’est-il tout seul enfermé dans un piège, celui d’avoir voulu servir tout le monde à tout prix et plaire à tout le monde tout le temps. Ils ont ainsi mal évalué à quel point leur public, bien que nombreux, peut être divisé. Mal évalué notamment à quel point les fans de la triplette parfaite Showbiz – Origin Of Symmetry – Absolution méprisent des titres comme « Madness », « Undisclosed Desire » ou « Starlight » pour citer les plus connus. Mal évalué également à quel point les fans des titres les plus radio compatibles, souvent moins melomanes et moins connaisseurs, pourront avaler n’importe quoi sans broncher parce que c’est Muse, comme ce bien nommé « Compliance » en effet bien complaisant avec les pires canons esthétiques mainstream du moment, claviers grossiers, beats synthétiques et vocoders en tête de gondole. Dommage car le propos lui est plutôt pertinent. 

Sauf que.

Hans-Peter Van Vethoven

Sauf que Will Of The People pourrait bien sortir Muse du ventre mou de sa discographie, période terne entamée en 2009 avec The Resistance (Warner Music) et arrivée à son apogée en 2018 avec Simulation Theory (Warner Music). 

« D’accord, mais Drones (2016 Warner Music) alors ? » 

Eh bien si on creuse un peu le sujet, « Psycho », le morceau mémorable de l’album, était déjà à la sortie du disque un vieux riff que Bellamy faisait tourner en interlude depuis les premiers concerts du groupe et qui avait été complété pour relever une tracklist pas géniale malgré quelques bonnes pièces comme « The Handler », » The Globalist » ou « Drones ».

Revenons-en donc à Will Of The People. Pourquoi pourrait-il donc sauver nos trois amis de l’ornière ? Simplement parce qu’à explorer toutes les facettes, ils ont aussi battu le rappel des troupes. Car on n’a pas fait que se prendre un coup de pelle, on s’est aussi pris une bonne claque, que de violence dans cette chronique.

Pour notre part, nous avons bondi de notre canapé confortable dès la chanson titre, qui copine sans complexe avec « Uprising » aussi bien dans l’orchestration que dans la thématique mais quel morceau ! 

Will Of The People apparaît donc comme un album qui demande de surmonter ses réserves pour pleinement l’apprécier. Et après plusieurs écoutes, après vous être amusés comme nous à retrouver quelle chanson va chercher quelle inspiration, après avoir retrouvé du « Stockholm Syndrome » et du « Knights of Cydonia » dans « We Are Fucking Fucked », après avoir retrouvé « Bliss » et « Dig Down » (et prouvé que l’on peut transformer le plomb en or) dans « Won’t Stand Down », encore « Knights Of Cydonia », « Map Of The Problematique » et « Thoughts Of A Dying Atheist » dans « Euphoria », vous en viendrez peut être à la conclusion que le dernier Muse est très bon, divertissant et varié. Et même que dans « Ghosts (How Can I Move On) » il reste quelques bribes de ce Muse sensible et émouvant du tournant des années 2000.

A la réalisation, Serban Ghenea et Aleks Von Korff, deux ingénieurs du son ultra capés mais qui n’ont pas d’autre vision du son que ce que l’artiste leur demande. Ce qui est aussi une qualité quand on y regarde de plus près. En tout cas ça a fait leur succès. Ils ont réalisé le voeu le plus cher de Matthew Bellamy,  sonner plus gros que les plus gros groupes de metal. Emphase maximale, énoooorme compression, énoooorme reverb partout, zéro son naturel. Grand huit auditif.

Au final, le danger reste surtout d’attendre un retour en arrière vers une époque de noble quête artistique de l’émotion, du beau, du sauvage. Il faut accepter que Muse soit devenu une industrie et que ses productions doivent s’écouter comme on va voir un blockbuster au cinéma. On s’amuse beaucoup et même si l’on trouve certaines scènes complètement ratées, c’est le plaisir qui prime.

En playlist : Will Of The People

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