Label : Season Of Mist
Que de chemin parcouru pour les mâconnais / parisiens et que d’embûches surmontées ! Relocalisation, split avec son chanteur, il a fallu repenser les choses alors qu’un style commençait à se dessiner.
Psygnosis a sorti son cinquième album, le deuxième dans sa nouvelle vie instrumentale, le premier signé sur un label et quel label, la ligue majeure du metal, Season Of Mist. Une évolution qui semble donc à la fois donner raison et récompenser la persévérance de Rémi Vanhove, à la tête de l’organisation.

De fait, à nos oreilles c’est en cherchant un autre moyen d’expression que la voix que notre intérêt pour Psygnosis s’est nettement élevé. Le chant rattachait leur musique à quelque chose de plus conventionnel, et la décision de passer à l’instrumental et à donner de l’ampleur au violoncelle est presque revenu à enfin enfourcher son vélo en ayant enlevé les petites roulettes. Il fallait se lancer. On est passé d’un death progressif certes très bien fichu à beaucoup plus original et au final beaucoup plus réussi et mémorable. On se rappelle désormais quand on l’a écouté de ce groupe qui sait se faire virtuose mais qui propose avant tout un univers totalement inédit. Univers d’ailleurs déjà très perceptible dès leurs premiers travaux. L’ancrage death reste fort dans les guitares, le violoncelle apporte la part atmosphérique à ce Psygnosis 2.0 quand au même moment le groupe a enfin trouvé son batteur. Il faut dire que le siège exigeait des qualités techniques et de musicalité peu communes, et Thomas Crémier fait partie de ces rares à rassembler ces qualités. Autrefois programmée non sans talent par le patron Rémi Vanhove, Mercury est le premier album de Psygnosis avec de la vraie batterie dedans et nous aimons.
Et Mercury parlons-en, puisque c’est l’objet de notre article.
Tout d’abord, hypothèse, après avoir rendu hommage à Neptune dans l’album précédent, poursuivre sur ce chemin avec Mercure, c’est peut être ouvrir le champ à une fresque musicale monumentale en plusieurs volumes sur le thème de notre système solaire. Nous verrons en temps voulu, nous voilà déjà rendus à deux, voilà qui dresse d’ambitieuses perspectives.
Sans surprise, les titres évoquent l’espace, que ce soient des lieux comme « Öpik-Oort » ou « Caloris Basin« , des phénomènes pour « Eclipse » ou « Sunshine » ou encore un objet comme pour « Uranometria« , bien utile atlas des constellations du XVIIème siècle.
Evidemment, ensuite la musique sera interprétée par chacun à sa manière. Pour notre part, placés dans un vaisseau spatial filant à une vitesse vertigineuse, Mercury nous a propulsé dès les premières minutes dans un déluge death à travers le nuage d’ »Öpik-Oort ». On s’imaginait évitant les débris rocheux dans des figures acrobatiques, quelques moments de répit nous permettant seulement de contempler une poignée d’instants la beauté du cosmos avant de replonger dans le danger.
Pris dans cette interprétation du voyage stellaire, Mercury raconte une histoire, plante des décors sublimes, nous offre la bande originale d’un film de science fiction dont nous serions les héros et rien que pour cela, merci Messieurs et Madame. Nous restons bouche bée devant « Eclipse » quand violoncelle et beats electro semblent danser comme en apesanteur (oui, c’est une ref). Et ce même si cette éclipse semble se finir en cataclysme. « Sunshine » est le titre le plus cinématographique de l’album, un moment où Psygnosis va un peu piocher dans le post rock ambient, une respiration de toute beauté pour le voyageur qui peut enfin sentir la chaleur du rayonnement solaire et se recharger en énergie. « Caloris Basin » évoque une alarme, l’imminence d’un danger, une lourde chute à pleine vitesse dans ce cratère immense. L’impeccable solo signé Elise Masliah permet à la guitariste d’ajouter une dimension mélodique et épique au titre et de prendre toute sa place dans la musique.
« Uranometria », par sa construction, revisite tous les points forts de l’album. Violence des blasts, lyrisme des moments atmosphériques, lourdeur des riffs mid tempo. Ce morceau, le plus long de l’ère instrumentale, apporte un final plein de panache.
On a dit que Psygnosis était devenu un groupe instrumental, ce n’est pas tout à fait exact. Des talkovers agrémentent les compositions et parmi eux la citation de Jacques Brel nous a marqué. Il y est question de la nécessité et même du devoir de ne pas se contenter de ce que l’on a ou de ce que l’on est. L’illustre chanteur ne dit pas dans quel but mais semble plus exprimer une crainte du vide, une angoisse de l’insatisfaction. L’extrait ne dit pas si ce chemin peut mener au bonheur, en tout cas il sous entend une quête.

A la réalisation on ne peut pas ne pas remarquer l’excellence du travail de Thomas Crémier, Mercury n’a rien à envier aux plus grosses prods. Chaque instrument trouve sa place dans le mix et l’absence de basse n’altère en rien la pesanteur du son, la batterie et les graves des guitares occupant cet espace. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, la batterie justement est d’une précision micrométrique, la puissance des frappes et les reverbs lui donnent une charpente ultra solide. Par dessus, guitares agressives et violoncelle suave percent sans s’affronter, à chacun son registre. Une réussite au mixage qui risque de faire du batteur/ingénieur du son un monsieur très demandé.
Disons le sans détour pour conclure, Psygnosis a signé avec Mercury son album qui dépasse en qualité toutes ses productions précédentes. Le groupe nous livre ici tout simplement ses meilleures compos avec le meilleur son jouées par son meilleur line-up.

Une réflexion sur “Psygnosis – Mercury”