The Animal Objective – Creature Law

4,5/5

Label : Naishlab Records

Avant de plonger plus avant dans l’univers singulier de ce nouveau groupe, la première chose à savoir sur Creature Law, cet EP introductif de The Animal Objective, est qu’il repose en grande partie sur le talent éclectique de Tim Naish. Artiste pluridisciplinaire, le Mancunien (United ou City, ce n’est pas précisé) et français d’adoption pratique son métier tel un véritable caméléon, capable d’exceller dans plusieurs domaines : musicien, compositeur, producteur, illustrateur, et même réalisateur. Connu dans les cercles des amateurs de peinture pour son approche unique, il a bâti sa réputation sur une volonté de repousser les limites artistiques, que ce soit par ses compositions complexes ou ses visuels aussi intrigants que fascinants. Il joue de ses influences comme de plusieurs instruments, et son aisance à passer de l’une à l’autre fait de lui un véritable homme-orchestre. Sa polyvalence lui permet de créer des œuvres qui, tout en étant élaborées, conservent une grande cohérence.

Analyser le style musical de The Animal Objective exalte la créativité. Cet EP donne l’impression d’explorer un univers sonore tentaculaire, où chaque piste révèle de nouvelles strates. Il est impossible de ne pas y entendre l’ombre de grands noms comme Frank Zappa, King Crimson ou Primus, des artistes qui, à leur manière, ont eux aussi réinventé les règles du rock et de la musique expérimentale. Le groupe, sous la direction de Tim Naish, semble puiser dans cette même énergie iconoclaste.

Chaque morceau de Creature Law est un collage d’idées foisonnantes : rythmes impairs, riffs dissonants, harmonies inattendues, et une approche texturale qui nous emmènent constamment hors des sentiers battus. La guitare, tour à tour mélodique et dissonante, rappelle parfois l’absurdité mathématique des compositions de Zappa, tandis que les structures rythmiques évoquent l’étrangeté hypnotique des albums de King Crimson. Certaines superpositions quant à elles pourraient presque sortir de la discographie de Primus, avec leur groove déstabilisant et leur présence centrale. Pourtant, malgré ces références évidentes, The Animal Objective ne tombe jamais dans la simple imitation : le groupe prend ces éléments pour les intégrer dans un langage propre, souvent énigmatique mais toujours captivant.

Par ailleurs l’implication totale de Tim Naish dans l’ensemble du projet rend Creature Law particulièrement impressionnant. Oui, The Animal Objective s’incarne bien sûr dans un groupe de quatre musiciens talentueux, et il en faut du talent pour restituer la précision, l’étrangeté mais aussi l’humour de cette musique, mais la maîtrise de Naish sur son ouvrage est absolument évidente et assumée. Non content d’avoir écrit et composé toutes les chansons, il s’est également chargé de la production de l’EP. Le son est parfaitement cohérent : chaque instrument trouve sa place, chaque texture est finement polie. L’écoute au casque révèle un souci du détail presque obsessionnel même lorsque la musique flirte avec l’expérimentation la plus débridée. Mais finalement cela est-il surprenant ?

Mais Naish ne s’arrête pas là. Il ne se prend certes pas au sérieux, mais tout semble indiquer que nous avons ici à faire à un bosseur. A tout le moins à un homme bien occupé. Pour finir, il a également dessiné la pochette. Celle-ci, tout comme la musique, regorge de détails avec un univers visuel qui s’accorde parfaitement aux sonorités étranges et mouvantes de l’album. Enfin, pourquoi se serait-il arrêté là, il a aussi réalisé le clip du single principal, qui s’inscrit dans cette même démarche d’unité artistique. Le résultat est admirable : chaque élément du projet, qu’il soit sonore ou visuel, est imprégné de la même vision cohérente et singulière. Ce niveau de maîtrise dans autant de disciplines se fait rare, et cela contribue à faire de Creature Law un travail véritablement à part.

Avec son premier EP, The Animal Objective signe une oeuvre à la fois audacieuse et maîtrisée. Tim Naish, par son labeur acharné et sa vision artistique claire, réussit à marier des influences multiples tout en créant un univers sonore et visuel unique. Chaque piste est une surprise, chaque détail est soigné, et l’ensemble résonne comme une œuvre d’art complète. Il est difficile de ne pas être impressionné par la cohérence et la qualité de la production, du son à l’image.

Cet EP mérite d’être écouté, partagé et diffusé largement. The Animal Objective prouve avec Creature Law qu’il est possible de créer une musique complexe tout en restant accessible, sans jamais sacrifier l’originalité sur l’autel de la simplicité. Une œuvre à découvrir de toute urgence, et à savourer sans modération.

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