Label : Sargent House
4,5/5
Avouons-le, cela fait une bonne année que nous projetions d’écrire cette chronique. Oui mais voilà, depuis un an Gnosis nous fascinait, nous hypnotisait à chaque écoute tant et si bien qu’il n’était pas retourné à son étagère depuis que nous l’avions reçu et qu’au lieu de prendre des notes, nous restions béats, oreilles béantes.
Et avouons-le également, il n’avait pas nécessairement besoin de notre chronique pour faire parler de lui en bien.
Aujourd’hui c’est en quelque sorte une piqûre de rappel pour remettre un peu dans la lumière un disque sombre, puissamment tellurique et qui a réussi à prendre avec brio la succession de Blood Year (Sargent House) que nous avions tant aimé en 2019.

Et à peine l’aiguille trouve-t-elle le sillon que l’auditeur se trouve plongé dans un bain sonore aux vagues denses. La matière lourde est battue à chaud, les différentes couches de riffs de basses et de guitares viennent former une musique tempétueuse qui a d’ailleurs besoin d’un certain volume pour être appréciée.
Le gros quart d’heure introductif peut être considéré comme ce que le trio a pu écrire de plus écrasant et si le post rock est parfois comparé pour le son à une dualité terre/ciel, alors nous nous trouvons avec Russian Circles à travailler à mains nues la lave en fusion au coeur même de la Terre. A l’image du remarquable morceau titre, parti d’un motif mélodique simplissime et qui mute inéluctablement vers son âpre destin au fil de son dialogue avec la section rythmique.
Quand à la suite, n’allez pas croire qu’après ce que nous avons dit du premier quart d’heure ça se calme, car c’est pire, « Vlastimil » nous emporte bel et bien sur les contrées du black metal au rythme d’un blast beat solide et au son d’une mélodie lugubre. Une ouverture stylistique finalement assez bien amenée par tout ce qui précède, il fallait au moins ça pour faire encaisser l’uppercut.
Un seul moment suspendu, le splendide « O Braonain », interlude rapide et délicat mais qui ne semble avoir pour utilité que de laisser quelques secondes de répit à l’auditeur mais surtout au batteur Dave Turnkrantz avant qu’il ne se relance bille en tête dans son blast furieux dès les premières secondes de « Betrayal ». L’album dont on peut dire quand même qu’il manque un peu d’air, sait au final retomber en douceur, « Bloom » développe des atmosphères dont on aurait peut être eu besoin plus tôt dans le programme.
Alors maintenant, disons quelques mots de la gnose, mais pas pour faire semblant d’en être des connaisseurs, les curieux peuvent s’en remettre – comme nous l’avons fait – à la page wikipedia qui explique de manière déjà assez fouillée de quoi il s’agit. Ce qu’il nous importe ici d’en dire, c’est que par son aspect introspectif la gnose fait partie des concepts imparables pour le post rock, musique incitant elle même à l’introspection.

Côté production, c’est un hat trick pour Kurt Ballou qui boucle ici son troisième job pour le compte du groupe après Blood Year déjà signalé et Guidance (Sargent House) en 2016. C’est à lui que l’on doit cette pesanteur, cette rugosité qui n’agresse pas mais galvanise.
Russian Circles concentre tous ses efforts sur le ressenti sonore, voici ce qui impressionne. Va Gnosis, retourne désormais à ton étagère, mais ne te perds pas trop dans les rayonnages, nous aurons encore besoin de toi.
En playlist : Betrayal
