Les Ecoutes De Décembre 2023

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Blur – The Ballad Of Darren

Parlophone

3,5/5

Blur ou le retour inespéré. Tout le monde a été finalement pris de cours par l’annonce de la sortie de ce nouvel album, le neuvième mais seulement deuxième en vingt ans. Dire que son écoute va ressusciter nos passions juveniles pour la britpop serait largement excessif. Mais les quatre on tout de même tenté d’explorer une voie avec ce paradoxe somme toute très anglais : des chansons tristes enregistrées nous dit-on dans la joie. Au moins on ne pourra leur faire le reproche ni de la facilité ni du fan service. 

Albarn quasi seul à la barre a signé encore quelques morceaux superbes, l’ensemble manque certes un peu d’entrain mais enfin, il y a six mois on n’aurait pas imaginé avoir le bonheur d’écouter un nouveau Blur, alors savourons.

En playlist : St Charles Square


Squirrel Flower – Tomorrow’s Fire

Full Time Hobby

4/5

L’américaine Ella Williams vient encore de sortir un album tout empreint d’une beauté toute autant évanescente que tempétueuse. Où les vastes espaces sonores et les harmonies vocales subtiles côtoient la rugosité de la guitare et la force de la batterie. Un album d’indie rock qu’on aurait attendu plus difficile d’accès et qui s’avère diablement accessible, Tomorrow’s Fire agitera forcément les papilles des nostalgiques du grunge et des fans de noise rock, mais pas que.

Williams continue de bâtir une oeuvre plein d’intelligence et de chansons puissement évocatrices et imparables.

En playlist : Full Time Job


Demob Happy – Divine Machines

Liberator Music

3,5/5

Comment réussir avec un je-m’en-foutisme ostensible à incarner un courant pop dans le monde du stoner d’ordinaire plutôt apparenté metal ? Une batterie plus typée pop, quelques traits d’humour dans les textes, des ajouts synthétiques bien sentis et une esthétique plus glam apportent la nuance à une guitare bien solide et un chant que l’on situera entre Josh Homme et Alex Turner. On pourra même à l’occasion détecter un soupçon de l’esprit Beatles, un peu de « Sexy Sadie » dans « She’s Happy As A Man Can Be ».

La mixture fait son effet, les morceaux forment un ensemble stylistique flatteur, pas forcément tubesque mais on profite du voyage avec beaucoup de plaisir.

En playlist : Token Appreciation Society


Dye Crap – Life Is Unfair

Le Cèpe Records / Kids Are Lo-Fi / Time Room Records

3,5/5

On pourra les brocarder autant qu’on veut sur leur rage très adolescente, leur immaturité assumée, la pochette crade, il n’en reste pas moins que les turbulents normands viennent de dégainer un deuxième album nerveux et ultra efficace.

Puisant dans ce que le pop punk nord américain a servi de meilleur au tournant des années 2000, Blink-182, Weezer ou encore Sum 41, Dye Crap remet en avant un style rarement aussi bien assumé en France. Alors oui, ça fait du bruit, ça beugle, c’est parfois malpoli mais ça arrache et c’est contagieux. Vous pensez bien qu’on ,’allait pas garder ça que pour nous.

En playlist : Good Days Again


Teenage Wrist – Still Love

Epitaph

3,5/5

Pas facile de passer après Earth Is A Black Hole sorti en 2021 et qui nous avait rendu dingues (chronique ici). Il va falloir gérer la descente. Avec Still Love le duo perpétue son savoir-faire, invite  sur un titre et renoue avec Kamtin Mohager son leader parti après Chrome Neon Jesus le premier album et publie un disque plaisant, excellemment bien produit bien que ne provoquant pas chez nous tout à fait le même enthousiasme que son prédécesseur.

Le plaisir reste au rendez vous sur l’ensemble du programme, Gallagher et Salazar sachant toujours autant y faire en matière de refrains accrocheurs avec un gros coup de coeur pour « Digital Sellf » ou « Sunshine » et son chant deftonien.

Teenage Wrist garde la forme avec ce troisième opus, leur esthétique désormais aguerrie laisse entrevoir le meilleur pour le futur.

En playlist : Sunshine


Clayton Ravine – Safe And Sound

Autoproduit

3/5

Apparus en 2022 avec un premier EP aux allures de prélude, les Yvelinois viennent de sortir un premier album concis, sept titres gorgés de références au rock alternatif des années 90. On pense aux Pixies, à Smash Mouth, Tripping Daisy, Nada Surf, et vous noterez bien l’absence du grunge dans cette liste.

A l’écoute on constate rapidement que la leçon a été bien assimilée, mélodies catchy, son vintage, les membres de Clayton Ravine ont autour de la quarantaine, l’atmosphère est à la célébration et c’est un plaisir que de se replonger dans cette époque pour qui l’aura connue.

Les titres fonctionnent tous, créant même un petite frustration, celle de ne pas avoir trois ou quatre chansons supplémentaires. Le message est passé pour le prochain album.

En  playlist : Let Me Out


bravery in battle – The House We Live In

Acts Of Love

4,5/5

Le post rock se révèle souvent un style puissamment évocateur par ses grandes reverbs, ses moments d’intensité brute, ses spoken words. Dès leur premier album, les franciliens de bravery in battle ont voulu réaliser un projet grandiose, total, ambitieux et utile. Mêlant musique, image et science, The House we Live In magnifie la beauté de la planète, en rappelle sa fragilité et l’absolue nécessité de tout faire pour la préserver.

Alternance de thème richement orchestrés et de spoken words inspirant eux mêmes la musique (écoutez comment les instruments suivent les mots), ce premier album réalise haut la main tous ses objectifs, une réussite sur tous les plans.

En playlist : The Market


Zhorhann – Ainsi Parlait Hominina

Luminol Records

4/5

Zappa, Naked City ou King Crimson vous semblent un peu trop sages ? Le trio doux dingue Zhorhann vient de sortir un premier album dont on aimerait qu’il fasse date dans l’univers prog. A la fois virtuose, puissant, euphorique, intelligent car soutenu par un concept mûrement élaboré, Ainsi Parlait Hominina et sa référence nietzschéenne développe sa nature kaléidoscopique sur 45 minutes denses, comme un baroud d’honneur avant la fin du monde. 

Car non, chez Zhorhann le gentil ne gagne pas toujours à la fin, en tout cas pas sans mériter sa victoire. 

Accrochez vous, même votre TDAH va s’en trouver bousculé.

En playlist : Dieu Sirote Le Sang


Rancid – Tomorrow Never Comes

Hellcat / Epitaph

3,5/5

Les quatre keupons auraient-ils passé l’année 2023 en Irlande ? Pour ce dixième album Rancid semble avoir mis de côté sa facette ska pour aller chasser sur les terres des Pogues et autres Dropkick Murphys. Le propos reste très américain, il y est toujours question de quartiers pourraves, de voyous, de taulards, du prolétariat ou de violence sociale, mais le tout se trouve comme télétransporté dans un pub irlandais. 

La petite pinte ne calme pas le moins du monde les californiens qui affichent une grande forme musicale, les tempos s’envolent, Matt Freeman brille à la basse et Tim Armstrong donne toujours cette impression géniale de vous raconter une anecdote entre potes.

Tomorrow Never Comes donne une inflexion intéressante au groupe sans révolutionner son identité profonde, on a aimé.

En playlist : New American


BLANK\\ – Inconsistent People

Luik Music

3,5/5

Un petit EP très personnel au titre sans équivoque et dans lequel la musicienne semble elle-même s’inclure. Des chansons placées sous l’égide d’une certaine indécision, une grande versatilité musicale comme un refus de choisir entre rock, trip hop et noise pour parler de la volonté de faire les choses sans nécessairement y parvenir.

BLANK\\ porte une musique sombre comme une prise de conscience. Manon Pédrono, à travers ce one-woman-band expose et assume ses paradoxes et l’on ne se trouve pas si surpris d’en partager la plupart, voilà de quoi peut être redonner de l’espoir à tout le monde.

En playlist : Zuunz


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