Awolnation – The Phantom Five

Label : Two Twenty Five Music

3,5/5

Quinze ans déjà que l’on suit les aventures électro-épiques d’Aaron Bruno, cerveau californien et charismatique derrière Awolnation. Longtemps perçu comme un “one hit wonder” potentiel avec Sail — ce tube obsédant qui continue de hanter les playlists — Bruno a pourtant su, album après album, imposer son projet parmi les références d’un rock électro avant-gardiste et sans compromis.

Et qui défonce tout en live

Avec ce cinquième opus, The Phantom Five, le risque est réel : celui du fan service. Bruno s’est mis dans l’optique d’un disque-synthèse, une sorte de “dernière danse” compilant les grandes étapes de sa trajectoire. Problème : Muse l’a précédé sur ce terrain avec son Will Of The People, concept d’album/best-of bien exécuté (on en parlait ici). Et surtout, vouloir résumer revient à figer un projet qui séduit justement par sa capacité à muter.

Alors, Bruno prépare-t-il réellement le sabordage de son vaisseau-mère ? La sortie récente de The Barbarians of California — son nouveau projet, qu’on a hâte de chroniquer tant il envoie — laisse penser qu’il regarde ailleurs. Cela dit, la tournée d’Awolnation suit son cours, comme si de rien n’était. Mais le départ fracassant du batteur Isaac Carpenter pour Guns N’ Roses (oui, on a eu du mal à s’en remettre aussi) pourrait bien annoncer un nouveau virage.

Dans ce flou artistique, difficile de trancher. Mais jouons le jeu du pronostic. Après quinze années pleines à la barre d’Awolnation et une crise des quarante ans bien sentie, Bruno semble vouloir revenir à ses racines : un punk abrasif à tendance screamo, comme celui qu’il pratiquait dans Insurgence, son tout premier groupe sérieux (si vous ne connaissez pas, c’est le moment de creuser).

Allez on se jette à l’eau, prenons le pari qu’Awolnation ne disparaîtra pas, mais que ses prochaines apparitions seront plus rares, plus collaboratives, peut-être plus aventureuses encore. Car Bruno est Awolnation. Et on ne quitte pas son double si facilement.

Et maintenant revenons en à notre sujet du moment. The Phantom Five assume pleinement son rôle de disque récapitulatif. On y retrouve tous les visages d’Awolnation : les envolées électro-pop à la Run, les accès de rage rock façon Kill Your Heroes, et même des clins d’œil plus discrets à l’énergie brute de l’avant Awolnation. Aaron Bruno ne cherche pas tant à innover ici qu’à reconnecter les fils de son propre parcours — et il le fait avec un certain panache.

Les compositions, tout en restant accessibles, brillent par leur richesse rythmique et mélodique. Chaque morceau semble pensé comme un échantillon d’ADN Awolnation, condensant en quelques minutes les tensions, les cassures et les fulgurances qui font la signature du groupe. Ce qui aurait pu n’être qu’un exercice de style se révèle au contraire un patchwork vivant, parfois déroutant, mais toujours sincère.

Du bel ouvrage en somme

Un des moments forts de l’album, qui survient d’entrée de jeu : Jump Sit Stand March, sur lequel Bruno invite Emily Armstrong. Sa performance électrisante y crève littéralement les enceintes. Visionnaire, il semble avoir pressenti avant tout le monde le potentiel de la chanteuse, devenue depuis la frontwoman de Linkin Park — rien de moins que l’une des plus grosses machines rock de la planète.

Côté sound design, Bruno montre qu’il garde une longueur d’avance. Les textures accrochent l’oreille, on aime se frayer un chemin entre nappes synthétiques granuleuses et guitares nerveuses. La production, très maîtrisée, évite l’écueil de la surcharge tout en maintenant une intensité constante. Pas un simple best-of déguisé donc, mais une vraie lettre d’amour à tout ce qu’Awolnation a été — et reste capable d’être.

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